Raviver la FAMM!

L'héritage de Marie Métrailler

 

Oh Marie, si tu savais…

Oh Marie si tu savais… Tout ce qui s’est réalisé ces dernières années dans ton atelier de tissage que tu as créé en 1938 à Evolène.

Oh Marie si tu savais… combien d’heures, de journées, de mois, d’années laborieuses ont été nécessaires afin de ramener à la vie ce haut lieu de production de tissage, de filage, cet univers si particulier propice aux rencontres fortuites ou organisées, cet outil de travail pour ces femmes et ces hommes. Car à ton époque, il y avait aussi des hommes qui filaient et tissaient. Et oui… en avance sur leur temps les gars !!! Tous ces gens au maigre revenu ont pu grâce à toi Marie gagner quelques sous pour améliorer leur chiche quotidien.

Oh Marie si tu savais… toutes les énergies positives qui se dégagent de ce lieu magique… grâce… et à cause de toi !

Oh Marie si tu savais… la passion qui anime les tisserandes à l’esprit créatif, à l’imagination débordante. Fortes de ton héritage précieusement conservé, elles arrivent à nous retranscrire tes modèles des années 50, ta ligne Marie Métrailler, sur TON métier de l’époque héroïque.

Oh Marie si tu savais… combien les visiteurs savourent ce moment hors du temps, écoutent avec attention, presque religieusement, les explications du guide qui raconte ta vie, retrace ton parcours, disserte sur ton talent, ton savoir-faire, ta ténacité, ta foi en l’avenir à cette époque où tout était à faire.

Oh Marie si tu savais… à quel point toutes les artisanes et artisans de cette renaissance regorgent d’idées pour faire de ce lieu non seulement un espace de création, de vente, de transmission du savoir, mais aussi d’échanges comme des rencontres littéraires et de bavardages.

Oh Marie… tu le sais tout ça. Et rien n’aurait été possible si il n’y avait pas eu un commencement, une femme forte, entreprenante, fonceuse, parfois téméraire comme toi.

Oh Marie… tu as connu les difficultés, les découragements, les renoncements qui ont toujours abouti à des solutions et de belles victoires. Toutes celles et ceux qui ont œuvré à la renaissance de cet écrin se sont inspirés de ton incroyable personnage.

Oh Marie… Aujourd’hui plus que jamais, ton Atelier de tissage s’ouvre, se redécouvre, se dévoile, se confie à vous tous qui pousserez la porte de ce haut-lieu du savoir-faire évolénard.

 

Marie-Jo Gessler

Evolène, début janvier 2023

Texte écrit pour l'émission Porte-Plume de la Radio Romande La 1ère, lu à l'antenne dans le courant du mois de janvier 2023

 

Développement d’un artisanat local

Marie Métrailler est une tisserande évolénarde connue pour avoir fondé en 1938 un atelier mettant largement en valeur la pratique populaire du tissage et toute la culture liée au travail du fil dans la région. Née en 1901 et décédée en 1979 dans le village d’Évolène, elle évolue dans un contexte où l’autonomie des femmes est quasiment inexistante et l’économie locale repose essentiellement sur la paysannerie. Le savoir-faire du fil et du tissage est alors essentiel à la vie locale puisque, jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, la confection vestimentaire ainsi que la réalisation des tissus domestiques proviennent de la laine et du chanvre indigènes. La culture autarcique implique la maîtrise de l’ensemble du processus de fabrication des tissus. Le travail du fil va alors du traitement et nettoyage de la laine de mouton à sa transformation en fil grâce au filage, puis à l’élaboration de tissus par le tissage.

En travaillant pour elle-même, puis en sollicitant les femmes du village pour la confection du fil, Marie Métrailler transforme les travaux domestiques en un artisanat local valorisé. Le succès de sa production lui permet d’ouvrir un magasin dans la rue principale du village, puis d’employer près d’une centaine de personnes dans tout le Val d’Hérens. L’argent gagné par ces femmes constitue un revenu supplémentaire pour de nombreuses familles et leur offre un premier pas vers une certaine émancipation. Pendant plus de quarante ans, l’atelier de tissage fonctionne au centre du village d’Evolène. Les touristes de passage y achètent des rideaux, des couvre-lits, des tissus, et Marie Métrailler reçoit aussi de nombreuses commandes, notamment pour des maisons de haute couture, qui lui permettent d’investir dans l’achat de plusieurs métiers à tisser de qualité semi-industrielle. Dans l’atelier s’élaborent également en commun plusieurs pièces du costume traditionnel évolénard : le châle, le tablier, les rubans et les ceintures. L’atelier de tissage de Marie Métrailler participe ainsi à la survivance du costume traditionnel, qu’elle porte quotidiennement, et à sa promotion tant auprès des habitantes de la vallée qu’auprès des touristes de passage.

 

Une vie aux multiples facettes

A côté de son ingéniosité dans le domaine des affaires, Marie est passionnée de lecture. Bien qu’elle quitte l’école à quinze ans, son caractère autodidacte lui permet de se forger une vaste culture qu’elle partage avec les personnalités de passage dans la vallée. Elle entretiendra notamment une longue amitié avec René Morax et avec le dramaturge François-Alphonse Forel, tout en croisant la route de Fernand Auberjonois ou Rainer Maria Rilke, de passage dans le Val d’Hérens. Elle rencontre aussi Marguerite Yourcenar, qui séjourne quelques temps à Évolène au milieu du siècle. À partir de 1974, l’écrivaine et journaliste Marie-Magdeleine Brumagne réalise une série d’entretiens, qui seront finalement publiés de manière posthume, en 1980, dans un ouvrage ayant pour titre La poudre de sourire. Ce texte extraordinaire connaît un vrai succès, il est édité plusieurs fois dans les trois langues nationales et est encore réédité aujourd'hui. Parallèlement, Marie-Magdeleine Brumagne réalise un film d’entretien pour l’Association Films Plans-Fixes. Ces témoignages racontent le fonctionnement des traditions et de l’économie très largement autarcique du village d’Évolène au début du 20e siècle.

Marie Métrailler a fortement contribué à la survivance d’une pratique populaire liée au filage et au tissage dans le Val d’Hérens. Dans le contexte d’une profonde transformation du monde paysan et de la disparition d’un mode de vie largement autarcique, elle met en place une structure permettant aux femmes de la vallée de rester automone dans la confection de tissus, participant ainsi à la transmission des savoirs et savoir-faire constitutifs de cette pratique. Le projet de la Fondation atelier de Marie Métrailler s’inscrit dans la continuité de ce parcours et vise, au travers de différentes activités, à pérenniser le développement du travail du fil et du tissage en tant que pratique de la culture populaire.

 

Marie Métrailler à l'écran

Reportage dans l'émission Madame TV de la RTS du 30 janvier 1963 :

www.rts.ch

 

Interview de Marie Métrailler par Marie-Magdeleine Brumagne du 17 septembre 1978 :

www.plansfixes.ch